Une saison en enfer

Artur Rimbaud

« Jadis, si je me souviens bien, ma vie était un festin où s’ouvraient tous les cœurs, où tous les vins coulaient.

Un soir, j’ai assis la Beauté sur mes genoux. – Et je l’ai trouvée amère. – Et je l’ai injuriée.

Je me suis armé contre la justice.

Je me suis enfui. Ô sorcières, ô misère, ô haine, c’est à vous que mon trésor a été confié!

Je parvins à faire s’évanouir dans mon esprit toute l’espérance humaine. Sur toute joie pour l’étrangler j’ai fait le bond sourd de la bête féroce.

J’ai appelé les bourreaux pour, en périssant, mordre la crosse de leurs fusils. J’ai appelé les fléaux, pour m’étouffer avec le sable, avec le sang. Le malheur a été mon dieu. Je me suis allongé dans la boue. Je me suis séché à l’air du crime. Et j’ai joué de bons tours à la folie.

Et le printemps m’a apporté l’affreux rire de l’idiot. »

 

 

Le travail visuel que j’ai entrepris sur le texte de « Une saison en enfer » est basé sur la nécessitée de donner des images à voir du magnétisme de vers du poète. Ce texte m’hantait et j’avais un besoin d’accoucher des images qui apparaissaient dans ma tête. Là avec de jeunes comédiens en studio on a recréé un espace visuel avec des cranes, un renard, une chauvesouris, des escargots et de la fumée. Tout cela dans une idée d’apocalypse que me transmettent les vers de Rimbaud. Le moteur de ce travail réside dans l’idée du rejet du monde occidental chrétien et de la renaissance en Afrique, monde où Arthur Rimbaud finit par se perdre arrêtant d’écrire.

Jorge Amat

Publicités