Denis Lavant « les métamorphoses »

Les rencontres de Denis Lavant avec Artaud, Lautréamont, Céline…ne sont pas fortuites c’est une plongée dans un autre monde où la voix et le corps rentrent dans un autre monde, où le temps est aboli et tout est vibration…sensation, pulsation. Avec Denis on est immergé dans ses doubles qu’il incarne comme le Roi Lear, Oedipe Roi, Artaud le Momo, Barabbas, Macbeth, Maldoror et d’autres personnages qui hantent notre culture.

Ce travail picto-photographique à été la suite logique d’un tournage que j’ai fait avec Denis Lavant sur un texte d’Antonin Artaud « Aliéner l’acteur ». Texte choisit par Denis. Là comme d’habitude, il a dépassé mes attentes et il c’est vraiment métamorphosé en une dizaine de personnages, d’êtres incroyables sortis de son talent, de sa rage de vivre pleinement la notion d’acteur, dont parle si justement le texte d’Antonin Artaud.

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Oui, la vie avec ses transports, ses hennissements, ses borborygmes, ses trous de vide, ses prurits, ses rougeurs, ses arrêts de circulation, ses maelströms sanguinolents, ses précipitations irritables de sang, ses nœuds d’humeurs, ses reprises, ses hésitations.

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Oui la gravitation universelle est un séisme, une effroyable précipitation passionnelle qui se corrige sur les membres d’un acteur, non pas en frénésie, non pas en hystérie, non pas en transes, mais à l’extrême fil du coupant de l’arête, à la dernière et plus extrême tranche de la mesure pariétale de son effort.

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C’est une technique qui faillit avoir lieu un jour au temps de Mystères Orphiques ou d’Éleusis, mais qui manqua parce qu’il y était beaucoup plus question du parachèvement d’un vieux crime; 

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Donner dieu, tout dieu dépecé à tout l’homme, tout l’universel du souffle inemployé des choses à l’homme bassement humain, que de la constitution et de l’INSTITUTION de cette nouvelle et palpitante anatomie furtive que tout le théâtre réclamait.

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Et en effet le théâtre était le martyre de tout ce qui risquait humanité, qui voulait prendre figure d’être. 

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C’était l’état où on ne peut pas exister, si on n’a pas consenti par avance à être par définition et par essence un définitif aliéné.

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Brisure de membres et de nerfs éclatés, cassures d’os sanglants et qui protestent d’être ainsi arrachés au squelette de la possibilité,  le théâtre est cette inextirpable et effervescente féerie qui a la révolte et la guerre pour inspiration et pour sujet.

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Car être aliéné à l’être, qu’est-ce que c’est ?

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Les déracinements magnétiques du corps, les excoriations musculaires cruelles, les commotions de la sensibilité enterrée qui constituent le théâtre vrai, ne peuvent pas aller avec cette façon de tourner plus ou moins longtemps, en tout cas languissamment et lascivement, autour du pot qui constitue la vie sexuelle.

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C’est ne pas avoir accepté comme l’homme imbécile et crapuleux d’aujourd’hui, de céder à cet état de liquéfaction viscérale, anti-théâtrale qui fait le sexe à cet état d’érotisation statique, pro-intestinale du corps actuel.

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Le vrai théâtre est beaucoup plus trépidant, il est beaucoup plus aliéné. État spasmodique du cœur ouvert et qui donne tout à ce qui n’existe pas, et qui n’est pas et rien à ce qui est, et que l’on voit, qu’on cerne, où on peut rester et demeurer. 

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Mais qui aujourd’hui voulait vivre dans ce qui demande blessure pour rester un aliéné ?

Antonin Artaud

12 mai 1947.